La nouvelle [se] répandit très vite et nos canons tonnèrent de joie par des obus fusant que nous envoyâmes dans les nuages. Mais nous étions encore au coin d'un bois, sous des branchages humides, plus ou moins transis par le froid. Après cinquante-deux mois d'une guerre sans précédent, était-ce là une atmosphère de gloire et de victoire ?

Les réjouissances n'étaient pas pour ceux qui les avaient  le plus souhaitées et le mieux méritées. Les vrais combattants ne connaîtraient pas , du moins ce jour-là, l'ivresse des derniers succès. Il leur fallait seulement se satisfaire du bonheur de ceux qu'ils avaient protégés et enfin délivrés, et se réjouir de ce que les derniers jours des combats se fussent déroulés sans aucune perte. Le 51e [...] allait, ce jour-là, faire un dernier sacrifice, celui d'accueillir l'armistice dans l'ombre et dans l'oubli. A la réflexion, c'était une issue parfaitement normale et prévisible ; mais notre imagination et surtout notre naïveté nous avaient fait entrevoir une autre apothéose.

In Lucien Durand, "un vendéen dans la tourmente", Imprimerie Henri Potier, 1964, pp. 218-219.