Anciennement médecin au 6e bataillon du 294e R.I. En poste, en novembre 1918, comme sous-aide-major à l’Hôpital de Belfort.

Dimanche 10 novembre - Je suis de garde à l’hôpital. A 21 h. 30, j’entends crier dans les couloirs que « l’armistice est signé ! ».  Nous courons, Richard et moi, comme des fous, au téléphone. La nouvelle vient d’arriver, officieuse encore, de la direction du SS. - « L’Armistice est signé avec des conditions écrasantes pour les Boches. C’est la « Victoire ! ». Enfin !! Nous bondissons, avec Richard, jusqu’à la popote et nous hurlons, de la rue, tant nous sommes essoufflés : « Ohé ! La popote !! L’armistice, elle est signée !!! (sic) » . Ils ouvrent leurs fenêtres (la popote est au premier étage) et pour toute réponse nous vident les carafes sur la tête en disant que c’est une mauvaise plaisanterie. Nous sortons en bande et poussons des hurlements dans les rues. Toutes les fenêtres s’ouvrent !  Bombe toute la nuit. On réveille le père Robillard, médecin de l’endroit. On veut sonner les cloches, mais l’église est bien fermée et le curé fait la sourde oreille. On va à l’épicerie faire une nouba épouvantable. On réveille « Vallerot-Rady » (surnom de Vallery-Radot) à seaux d’eau. On frête une auto avec Ferrier, Meugé, Lorneau, etc. et on va à Morvillars réveiller Gouverneur et Auvigne. Je me couche à 5 heures du matin, complètement noir. Mais avant, nous allons, bras dessus bras dessous, hurler une aubade dans la chambre de Fer-(di)-nand Dubourdieu et sous les fenêtres de Richard.

Lundi 11 novembre - A 7 heures du matin, les cloches d’Héricourt sonnent à la volée. Fête toute la journée. L’après-midi, on fait du bateau. Le soir, illumination. Gueuleton. Hallopeau commence ses « conférences d’anatomie. »

Lucien Laby, "Carnets de l’aspirant Laby. Médecin dans les tranchées", Editions Bayard, 2001, pp. 309-310 (contribution de Jean-Yves R. et Jérôme C. Merci !)